Les carnets d'une mère paumée …

(ou presque)

La fête pour toutes les mères ? pour tous les enfants ?

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En cette journée de la fête des mères, j’ai voulu revenir sur la petite polémique concernant les écoles qui préféraient organiser une fête des êtres chers plutôt qu’un cadeau pour la fête des mères et un cadeau pour la fête des pères.
Le principe, faire faire 2 cadeaux aux enfants et qu’ils choisissent à qui ils souhaitent l’offrir, ce afin d’éviter de la tristesse pour les enfants dont les structures familiales sont compliquées !
Je me suis demandé ce qu’en pensaient des enfants devenus adultes si cette initiative avait été appliquée à leur époque.
J’accueille, une auteure, que j’avais déjà interviewée concernant la maltraitance envers les enfants, Nath Apolline, auteure de « L’enfance en enfer », roman autobiographique.

Bonjour Nath et merci d’accepter pour la deuxième fois de répondre à mes questions.

Merci à toi chère Chris, c’est un plaisir et un honneur de m’exprimer à travers ton blog que j’affectionne particulièrement !

As-tu entendu parler de cette école qui a pris l’initiative de supprimer les cadeaux de fête des mères et fête des pères pour les remplacer par des cadeaux dont les enfants pourront choisir à qui ils veulent l’offrir ?

Oui et j’ai été interpellée par certains propos et commentaires qui m’ont donné à réfléchir sur cette initiative. Etant institutrice dans une classe triple niveau de toute petite section, petite section et moyenne section, je suis moi-même confrontée aux situations particulières que peuvent vivre les enfants.

Qu’en penses-tu ?

De prime abord, je me suis dit que c’était super de proposer aux enfants de CHOISIR à qui ils souhaitent offrir leurs cadeaux…et puis en y réfléchissant plus avant, je me suis dit que cela allait compliquer les choses pour les enfants qui vivent les situations familiales les plus compliquées. Un enfant qui fait partie d’une famille avec un papa et une maman toujours ensemble offrira logiquement ses cadeaux à ses deux parents. Un enfant qui vit dans une famille recomposée a, je pense, justement un certain talent pour composer et offrira ses cadeaux à ses parents lorsqu’il les verra, même si c’est un peu en retard… Un enfant qui vit dans une famille recomposée avec un beau-père génial (ou une belle-mère) et un papa absent (ou une maman) qu’il ne voit quasiment jamais ne se posera pas trop de questions et offrira son cadeau à celui avec qui il vit et qui représente son deuxième parent. Mais qu’en est-il de l’enfant maltraité ou négligé qui souhaiterait l’offrir à quelqu’un d’autre qu’il aime beaucoup et représente pour lui l’amour et la sécurité ? Cet enfant-là, je pense, n’osera jamais, sous peine de s’exposer à de sévères représailles, prendre le risque de fâcher son parent défaillant…Et puis, il ne faut pas oublier que, même si cela peut sembler fou, la majorité des enfants maltraités aiment leurs parents de tout leur cœur et pensent que leurs malheurs viennent d’eux. Par leur faute…Et donc, ceux-là, veulent encore plus offrir leurs cadeaux à leur parent maltraitant…

Est-ce que ça aurait pu être une possibilité pour toi, enfant maltraitée, d’offrir un de ses cadeaux à quelqu’un d’autre que ta mère ? Ou est-ce que ça aurait été une occasion de subir plus de coups ?

Euh…JAMAIS je n’aurais osé même y songer ! Si quelqu’un m’avait dit que pour être aimée de ma mère il me fallait décrocher la lune, les étoiles et le soleil avec, (ou dévaliser les Galeries Lafayette et braquer la place Vendôme  !) j’aurais consacré ma vie à y parvenir. Juste pour qu’elle m’aime un peu. Même un jour. Même juste celui de la fête des Mamans, tiens !

Comment vit-on ce genre de fêtes quand on est enfant d’un parent maltraitant ?

Avec appréhension et espoir. Tu sais, Chris, lorsque j’avais 6 ans, comme je savais que ma mère trouvait les cadeaux de l’école « minables », j’avais réussi à m’enfuir de la maison le temps d’aller acheter au Tabac-Cadeau un petit cendrier, pensant naïve et pleine d’amour, lui faire enfin plaisir. Voilà une réaction typique d’enfant maltraité : en faire toujours plus et multiplier les tentatives pour tenter d’être parfait et aimable aux yeux de celle que l’on appelle Maman et qui représente tout pour un petit enfant…

Maintenant, que tu es maman, comment vis-tu cette fête ?

De manière assez ambivalente et avec un beau patchwork d’émotions entremêlées… D’un côté les souvenirs douloureux se ravivent et je pleure comme une madeleine pour un rien durant cette période qui me rappelle qui je suis et d’où je viens. De l’autre, avec le cœur gonflé d’Amour lorsque mes enfants, mes Amours me tendent leurs petits bras en m’offrant leurs cadeaux, les yeux plein de paillettes…Chaque année, c’est un jour magique. Et douloureux.

Tu es également institutrice, comment se vit la fête des mères ou des pères, du point de vue d’une institutrice ? Est-ce une obligation ou un plaisir de concevoir quelque chose avec les enfants ?

Alors, cette année, avec un triple niveau de toute petite section, petite section et moyenne section, je me suis creusée la tête pour que chacun soit en mesure de réaliser lui-même son cadeau (bien aidé quand même ;-))…et que le résultat soit joli aussi 😉 Etant peu manuelle, avec un niveau à peine supérieur à celui de mes chouchoux ( ce qui ne complique pas du touuut la tâche !) j’ai exploité mon peu de compétences et utilisé mon amour de la photo et des enfants…Au final nous avons créé un joli cadre pleiiin de cœurs et collé leurs portraits. Et ils ont appris un joli poème qui fait trembler ma voix et pleurer mon cœur à chaque fois que je le leur fais réciter (soit 48 fois par jour depuis une semaine LOL !)
Au final je dirais que c’est un plaisir de créer ces cadeaux en imaginant la fierté des enfants et le bonheur des parents. Mais un plaisir douloureux.

Penses-tu qu’il y aurait quelque chose à améliorer concernant ces fêtes ?

Je pense que c’est une jolie tradition et que chacun compose avec ce qu’il est et ce qu’il vit. Non, je n’ai pas vraiment de suggestions si ce n’est que je crois qu’il faut faire perdurer ces moments magiques, hors du temps qui rapprochent parents et enfants…Même si cela est difficile à vivre pour certains.

Actuellement le débat sur la violence envers les enfants avance mais cela reste très compliqué, très tabou. Quelles sont, selon toi, les priorités pour changer la vie de ces enfants en souffrance ?

Je pense qu’il est très important que les gens changent leur manière de voir la société et l’éducation des enfants en particulier. Je crois profondément que nous sommes tous responsables des enfants qui peuplent notre Terre. Je parle pour moi, mais tous les enfants sont quelque part mes enfants. Je reprends une partie du titre du livre admirable d’une femme que j’aime beaucoup, Nadia Hathroubi-Safsaf « Ce sont nos frères et leurs enfants sont nos enfants »…Chacun devrait oser se mêler de la vie des enfants qui l’entourent. Nous n’osons pas parler, dire, dénoncer ce qui nous choque. Qui ose (à part quelques fées que j’aime fort fort ;-)) prendre son téléphone pour chercher de l’aide pour un enfant en danger ? Qui ose aller voir une maman visiblement débordée qui vient de gifler son fils ? Voilà, je crois que nous devons OSER nous mêler de la vie des enfants.

Personnellement, je n’oserai pas. Cela veut-il dire qu’il faut avant tout casser le mythe de l’intrusion dans la vie privée des gens pour rétablir le réflexe du devoir citoyen et moral avant tout ?

Oui, je comprends parfaitement, il n’est en effet pas facile d’oser intervenir mais je crois, comme tu le dis si bien, qu’il « faut casser ce mythe de l’intrusion dans la vie privée des gens ». En réalité, je considère que lorsque nous sommes témoins d’une scène que je qualifie de « violence ordinaire », nous ne sommes pas dans le cadre de la sphère privée et que notre devoir réside justement dans le fait d’intervenir, de se positionner dans cet espace public justement. Et, pour l’avoir déjà fait, la réaction des gens autour de nous est plutôt rassurante ! En voyant que quelqu’un ose, ils osent alors à leur tour prendre position et affirmer leurs convictions à voix un peu plus audible…Quant à intervenir lorsque nous entendons, à travers des cloisons, des signes de violence domestique sur un enfant (ou sur tout autre être vivant bien sûr !), là également je pense que nous nous devons de faire voler en éclats ce mythe hypocrite de l’intrusion dans la vie privée…car leur vie n’est déjà plus privée puisqu’ils en partagent avec les autres les éclaboussures…

Au sein de l’école, qu’est ce qui pourrait être amélioré pour lancer l’alerte envers un parent maltraitant ?

Je pense de plus en plus que les parents devraient eux aussi être éduqués. Il serait possible d’organiser plusieurs fois par an, chaque mois dans l’idéal, des réunions rien que pour eux avec des thèmes précis justement sur la violence ordinaire, la violence verbale, physique…animées par des professionnels de l’enfance comme un psy, un éducateur, un médecin…Ouvrir la parole et débattre permettrait de mettre les tabous à jour. Cela permettrait également aux parents qui se sentent doucement dériver vers la violence ordinaire de pouvoir exprimer leurs angoisses, leurs problèmes…Beaucoup de parents (dont ceux de l’école où je bosse) pensent encore qu’une gifle « n’a jamais fait de mal à personne »…

Tu as créé une association qui devrait intervenir dans les écoles à la demande des directeurs-trices, penses-tu que ceux-ci seront intéressés par cette démarche ? Les parents accepteront-ils ce genre de débat auprès de leurs enfants ?

Je l’espère de tout cœur ! Je suis consciente que cela ne sera pas facile et c’est pour cela que je suis en train de rédiger une brochure à l’intention des enfants que nous irons distribuer dans les écoles à défaut d’intervenir…

Parmi ces enfants que tu croiseras, il y’aura sûrement des enfants maltraités. Quelle aurait été ta réaction à toi si tu avais croisé une telle association ? Ces enfants maltraités pourraient-ils venir vers toi ou au contraire, comme tu l’expliquais le besoin de l’amour du parent maltraitant ne les fera pas te considérer comme un danger pour cet amour parental ?

Je suis enseignante depuis plus de 15 ans et je suis, bien souvent, un détecteur à enfant en souffrance…quelle que soit la souffrance…Je me suis rendue compte que, lorsqu’un enfant a véritablement confiance en un adulte référent, il parle, il raconte. A un moment ou un autre. Néanmoins, je suis bien consciente que pour parvenir à ce degré de confiance, il faut du temps. Ce dont je ne disposerai pas en intervenant dans les écoles. D’où cette idée de rédiger une brochure à l’intention des enfants des classes élémentaires. En effet, je suis partie d’un constat qui peut sembler être un truisme de prime abord : Moi, enfant précoce, malgré mon « avance » et mon appétence marquée pour tout ce qui de près ou de loin pouvait ressembler à un livre, je NE SAVAIS PAS que j’avais des droits, je NE SAVAIS PAS qu’il était interdit de frapper un enfant chaque jour jusqu’à ce qu’il s’évanouisse, je NE SAVAIS PAS que NON ma mère n’avait pas droit de vie et de mort sur moi comme elle me l’a fait croire durant toute mon enfance…Alors en discutant avec d’anciens élèves qui, eux aussi ont vécu des enfances qui n’en étaient pas, je leur ai demandé ce qu’ils auraient fait s’ils avaient eu une brochure entre les mains leur expliquant que NON, PERSONNE n’a le droit de les taper. Surtout pas leurs parents. Ils m’ont tous répondu, sans exception, que cela aurait certainement changé quelque chose…Et puis je pense qu’il y aura aussi tous ceux qui oseront aller voir un prof ou un adulte en qui ils ont confiance pour leur raconter qu’un de leurs amis vit une situation de maltraitance. J’ose espérer que cela permettra d’ouvrir la parole en mettant à mal certains tabous…

Je te suis très souvent et j’ai vu dernièrement que tu étais peinée du peu de retour des personnes médiatiques ou politiciennes que tu avais contacté avec la sortie de ton livre « L’enfance en enfer ». D’après toi, qu’est ce qui fait ce sujet ne soit toujours pas une priorité, une évidence pour ceux qui nous gouvernent ?

Oui, mon livre a clairement été mis au placard. Ce qui me peine le plus ce sont les personnes qui s’engagent en politique pour défendre de belles idées et qui, visiblement, considèrent que la protection et les droits des enfants ne font pas partie de leurs priorités
Je ne vais pas te faire la liste de tous les journalistes à qui j’ai envoyé mon bouquin…ni de certaines blogueuses qui, elles, se comportent avec une déontologie qui me laisse rêveuse : elles acceptent de le recevoir…et ne donnent plus jamais signe de vie ! Ce que je trouve difficile à encaisser, c’est que même si elles ne l’ont pas lu jusqu’au bout, même si elles ne l’ont pas aimé, cela ne me semble pas si difficile que cela de pondre 3 lignes…Ne serait-ce que par respect envers les 2 enfants qui meurent chaque jour dans l’indifférence !
Je pense que ce sujet de la maltraitance renvoie beaucoup de monde à sa propre violence éducative. Nous sommes tous, à un moment ou à un autre, violents avec nos enfants et notre entourage. Et cette violence entre en résonance avec notre enfance…et réveille donc les carences de chacun, ce qui est bien souvent insupportable pour la plupart des gens qui préfèrent laisser le gros couvercle qu’ils ont apposé sur la marmite de leurs souffrances encore tièdes ! Peu d’enfants ont eu la chance de grandir dans une famille avec des parents aimants et conscients, je m’en rends de plus en plus compte…Voilà pourquoi les gens, et notamment les politiques, préfèrent détourner le regard. Ce qui, à mon sens, est une grossière erreur et un pari très risqué pour l’avenir de notre société…

Je te remercie de cette belle sincérité avec laquelle tu m’as répondu, encore une fois ! J’espère que tous ensemble, nous arriverons à faire changer les choses. Bon courage à toi et n’hésite pas à revenir nous parler de ton association !

Je vous rappelle que vous pouvez vous procurer le livre de Nath Apolline ici et la suivre sur son blog ici.

Et surtout, surtout, n’oubliez pas le numéro a composé si vous êtes témoin de violence sur un enfant !

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Photo sous licence cc by Arnaud Ghys

4 Commentaires

  1. claudine

    Interview et témoignage très émouvants. Nath Apolline a les mots à la fois justes et dignes pour parler de ce difficile sujet.

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    1. ChrissyochrisChrissyochris (Auteur de l'article)

      Merci Claudine ! J’admire beaucoup cette femme pour ce qu’elle a vécu et pour ce qu’elle fait maintenant !

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  2. Amelia

    Wow, this is in every repsect what I needed to know.

    Répondre
  3. http://www./

    magikalgirl 30 août 2012, 17h18 Helloo ! dites, est ce que quelqu’un peut me faire un mini tuto ? avec la manip exacte car des .exe il y en a plusieurs =$merci ^^

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