Les carnets d'une mère paumée …

(ou presque)

Lettre à l’inconnue que l’on croise

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Ma maigre contribution en l’honneur de la journée mondiale des droits des femmes !

 

Chère inconnue,

Je t’écris ces quelques lignes pour te dire que je suis désolée.

Je suis désolée que l’homme qui te disait t’aimer, t’ait transformée en punchingball !

Je suis désolée que le matin, tu te lèves la peur au ventre en ne sachant quel va être l’élément annonciateur de sa violence.

Je suis désolée que le soir quand tu te couches, tu redoutes le moment où il viendra te rejoindre et où il t’imposera le devoir conjugal.

Je suis désolée que les gens ne reconnaissent pas le devoir conjugal comme un viol conjugal.

Je suis désolée que le policier que tu es allée voir pour déposer plainte, t’es découragée ou t’es proposée une main courante.

Je suis désolée que l’interne à l’hôpital se soit moqué de toi après ton énième passage car après tout, tu le cherches bien sinon tu partirai.

Je suis désolée que les gens s’imaginent que ce soit si simple de partir. Partir ? Comme si tu n’y avais pas songé sans eux !

Je suis désolée que lorsque tu as criée de douleurs, tes voisins aient fermé leurs fenêtres et leurs rideaux.

Je suis désolée que la Justice ne te tende pas la main.

Je suis désolée de tout ce que tu vis.

Je suis désolée que tu subisses tout ça.

Personne ne devrait vivre ce que tu vis.

Personne ne devrait faire vivre ce qu’il te fait vivre.

Personne, pas même toi, surtout pas toi, ne mérite ce que tu vis.

Tu es une belle femme.

Tu devrais aimer, chanter, danser, vivre.

Tu devrais avoir le contrôle de ta vie et la vivre comme tu l’entends.

Pour l’instant, les chiffres en France sont désastreux quand on parle de violence conjugale, et ça ne doit pas t’encourager.

Pour l’instant, on te laisse seule te débrouiller avec ta souffrance.

Mais sache que tu n’es pas seule, il existe un policier qui acceptera ta plainte, il existe un interne qui diagnostiquera ce que ton corps vit tous les jours, il existe des voisins qui ne fermeront plus leurs fenêtres.

Je dois te paraître bien bête, moi qui ne connais rien de tes souffrances, moi qui ne peux même pas imaginer ce que tu vis.

Je n’ai pas vécu un centième de ta souffrance.

Je ne sais pas si je peux faire quelque chose pour toi, mais j’espère que tu trouveras quelqu’un pour te tendre la main.

Par contre, je te promets que lorsque je croiserai mon amie avec un énième coquard sur le visage, avec des douleurs sur le corps qu’on ne peut voir, que lorsque j’entendrais ma voisine crier, pleurer, je ne détournerai pas le regard, je ne fermerai pas mes fenêtres.

Je te promets de tendre la main aussi longtemps qu’elle en aura besoin.

Je te promets qu’il existe des gens qui portent haut votre douleur afin que les choses changent, des personnes qui n’ont jamais vécu ça mais sont sensibles à votre souffrance, des femmes qui comme toi ont souffert et ont réussi à s’en sortir.

Je ne sais pas si ça changera quelque chose pour toi, je ne sais pas combien de temps ça prendra.

Mais on y arrivera !

Un jour, les victimes ne seront plus les fautives.

Un jour, les agresseurs seront les accusés.

Un jour, vous serez libres.

Sois forte !

Je t’aime.

 

 

Photo sous licence cc by Sezru

 

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