Les carnets d'une mère paumée …

(ou presque)

Lettre à toi, la jeune femme V

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Un grand merci à Anabelle Martinez-Maingraud, poète, entrepreneuse, rédactrice community manager …. je vais en oublier !  Une femme exceptionnelle !

 

Lettre à toi, la jeune femme V

 

Je te vois chaque jour, rasant les murs, dans ton linceul de honte…

Tu vas travailler, un nouveau travail ; celui que tu as dû prendre par défaut après cette histoire  « spéciale » avec ton collègue.

Tu es jolie sous ta longue chevelure toujours détachée pour cacher ton visage aux regards désapprobateurs de ceux qui croient que c’est ta faute, que tout ça… « Tu l’as mérité… ».

Ô combien j’aimerais te dire que ce n’est pas toi qui dois te sentir coupable…

Tu l’avais croisé plusieurs fois lors de réunions d’équipe. Sympathique et jovial, vous vous trouviez des points communs, des centres d’intérêts, que pourquoi pas, vous pourriez partager.

Et puis, avouons-le, il était plutôt beau gosse ton collègue !…

Le sourire ravageur pour masquer les dents acérées du loup chassant sa proie.

De nature excentrique, tu partais toujours tirée à quatre épingles, féminine, souvent sensuelle, mais jamais provoquante. Juste bien dans ta peau, heureuse de vivre, de sortir avec tes amis ; faire la fête tu aimes, tu vibres dès que la musique est là…

Un soir, soirée d’entreprise dans un restaurant privatisé pour l’occasion. Belle tablée, les verres trinquent, les langues se délient, et la piste de danse attend les premiers noctambules. Tu te jettes sous les spots, sur les rythmes endiablés sur lesquels tu te meus avec brio.

Aura-t-il remarqué tes formes à peine cachées par une robe sobre mais virevoltante ?

Tu t’échappes pour aller prendre l’air et personne ne se souvient qu’il t’ait suivie…

Un bosquet sur le parking, quelques verres de trop et l’idée que tu ne dois attendre que ça…

(…)

Tes autres collègues ne te reverront pas. Tu es en maladie plusieurs semaines, tu ne réponds plus au téléphone. Tu ne vois plus tes amis de toujours, la fête est finie.

Il t’a salie, blessée, considérée comme une « fille facile ». Une salope qui se la joue délicate, qui dit « non » mais qui pense « oui »…

Tu ne portes pas plainte… Pourquoi ?

Tu reçois des messages injurieux de certains de tes collègues. Qu’a-t-il raconté, lui le violeur sans vergogne, lui qui pensait qu’avec ta petite robe et tes gestes libres sur la piste de danse, tu  n’attendais que lui pour t’envoyer en l’air…

Sauf que toi, tu mets de vraies valeurs derrière l’amour et l’échange charnel. Il était drôle et beau parleur, mais le physique ne fait pas tout… Il aurait pu être un bon pote avec qui tu t’éclates les weekends en soirée ou chez des amis. Il aurait pu…

Il a fait basculer ce possible futur en un avenir déchiré.

Tu as perdu tes traits doux et sereins.

Ton visage et ton corps se sont recroquevillés, ta coquille est blindée.

La confiance en l’autre est anéantie, tu erres comme tu peux ; tu as parfois songé à rejoindre la grande faucheuse, tu tiens bon malgré tout car de cette nuit innommable et dont pourtant tu devrais parler pour te soulager…. tu as compris combien la vie peut être fragile.

Il va te falloir encore du temps, mais je t’en conjure, n’attends pas le terme d’une prescription… Passe le pas et va raconter ce viol qui t’étouffe et t’a vieillie de 10 ans en un éclair.

Il doit répondre de ses actes, cet homme qui n’a pensé qu’à son plaisir, qui ne t’a pensée que comme une « gonzesse » de plus à son tableau de chasse…

Tu ne me connais pas mais tous les matins je te vois passer sous mes fenêtres… Celles du coin de ta rue, avec les volets verts et le portillon en fer forgé…

Ton histoire, je l’ai entendue maintes fois dans le quartier, minimisée bien trop souvent, rarement racontée avec compassion. Les gens, ceux qui ne voient que par le petit bout de leur lorgnette de gros cons, imaginent tous que les femmes violées l’ont bien cherché…

Si tu veux une écoute et de l’aide pour des démarches, tu n’auras qu’à sonner. Je bosse de chez moi, je t’offrirai un café et nous pourrons bavarder.

Voilà, chère femme V : ose et retrouve ta vie, redeviens la jeune femme Vraie… et non Violée…

 

Photo sous licence cc by CA SE

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