Les carnets d'une mère paumée …

(ou presque)

Journée mondiale pour la prévention des abus envers les enfants

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Aujourd’hui j’ai l’immense honneur en cette journée mondiale pour la prévention des abus envers les enfants, d’accueillir sur mon blog, Nath Apolline, auteure de « L’enfance en enfer ».

Mais avant, je vous livre le résumé de son livre :

Noémie vient d’une famille bourgeoise catholique aisée. Elle ne manque de rien, c’est une enfant qui « a tout pour être heureuse ». En apparence seulement. Sous la surface du vernis craquelant, dans le silence du huis clos, se terre la psychose. Celle d’un couple et en particulier d’une mère. Qui bat sans relâche, qui hurle et crache sa haine à cette enfant dont elle ne peut souffrir l’odeur depuis le jour où elle a posé les yeux sur elle. Tout en l’aimant d’un amour fou, morbide et fusionnel qui lui fait commettre le plus odieux des crimes.

  • Tout d’abord, merci Nath d’avoir accepté cette interview ! Ton livre « L’enfance en enfer » est un roman. Comment t’es venu l’idée d’écrire sur ce thème ?

Merci à toi Chris pour cette interview ! Rares sont les bloggeuses qui osent aborder le sujet si tabou de la maltraitance…« L’enfance en enfer » est, certes, rédigé sous la forme d’un roman mais il est avant tout autobiographique. Je vais suivre les conseils avisés d’une femme de cœur et que j’admire et oser affirmer aujourd’hui sur ton blog (et sans rougir !) que oui, cette histoire est bien mon histoire. Celle de mon enfance avortée marquée au fer rouge…

  • Je te remercie pour cette honnêteté et je suppose qu’il doit être difficile de passer ce pas. Dans quel état d’esprit écrit-on une histoire comme celle-ci, ton histoire ?

J’ai rédigé ce livre pour honorer la promesse que j’avais faite à mon 1er psy ( ah ben oui j’en ai usé quelques-uns en 15 ans ! ;-)) qui pensait qu’il était de mon devoir de « survivante » de témoigner au nom de tous les enfants qui n’ont pas eu cette chance…Si je me fie aux retours de mes lecteurs, je crois pouvoir affirmer que ce récit est, certes, difficile à lire mais pas toujours sombre. Mes lecteurs y ont souvent trouvé de l’espoir car « L’enfance en enfer » est traversé de petits soleils et de bulles d’oxygène…Je suis d’une nature rêveuse et c’est bien le pouvoir des mots, de la littérature qui m’ont préservée de la folie et du suicide…J’ai rédigé ce livre avec le constant désir de préserver au maximum mon lecteur de la violence crue de certaines scènes en y distillant tout l’amour dont je suis capable…Par contre, te dire que l’écriture en a été aisée serait un mensonge éhonté car je l’ai écrit entre mes deux grossesses et j’y ai laissé des torrents de larmes. Parfois des cris de rage (merci mon Amour pour ta patience inconditionnelle !). Et aussi des nuits peuplés d’un peu plus de cauchemars que d’ordinaire…

  • Comprends-tu que certains n’arrivent pas à lire ton roman ?

Bien sûr ! Étant moi-même redoutablement empathique, je comprends parfaitement que sa lecture puisse être insoutenable pour certaines personnes…Par contre, ce que je parviens plus difficilement à comprendre et qui me blesse (mais je fais des efforts hein car parmi celles-ci je compte plusieurs amies dont je respecte profondément le choix !) ce sont toutes ces personnes friandes de séries aux images ultra-violentes -comme Game of Thrones entre autres exemples- où les scènes de tortures rivalisent d’imagination avec celles de viol et de barbarie…et qui affirment ne pas pouvoir lire « L’enfance en enfer » et se colleter avec la banale et sordide réalité des violences subies par les enfants maltraités jour après jour…

  • Pour toi, cette journée mondiale pour la prévention des abus envers les enfants a-t-elle un sens, une valeur concrète dans la bataille à sauver tous ces enfants ?

OUI, bien sûr ! Il est triste qu’il faille une journée spécialement consacrée à la prévention des abus envers les enfants car cela signifie bien que la société admet que ses enfants sont victimes d’abus…En l’an 2015. En France, le pays qui affirme haut et fort son attachement aux Droits de l’Homme. Ce qui me semble juste parfaitement monstrueux et antihumaniste ! Cette journée est donc essentielle bien évidemment incontournable pour éveiller les consciences. Elle marque un petit progrès en résonance avec la toute jeune Convention des Droits de l’Enfant qui fête cette année son 26ème anniversaire.

  • Quels sont les moyens qui ont contribué à améliorer les conditions de ces enfants pour les sauver et qu’est-ce qu’il manque encore, selon toi, pour arriver à une réelle prise en charge de ces enfants ?

TOUT ! Il manque tout ou presque ! Les professionnels de santé et les éducateurs ne sont que peu formés à la maltraitance, sa détection et sa prise en charge concrète. Dans les progrès,-car il y en a et des notables bien sûr, j’ai la dent spontanément dure quand il s’agit des droits des enfants !- la CIDE (Convention Internationale des Droits de l’Enfant) adoptée par les Nations unies le 20 novembre 1989 en est un majeur. C’est un traité qui comporte 54 articles qui consacrent le statut de l’enfant dans le droit international. Ainsi, les États deviennent directement responsables du respect des éléments essentiels à la vie d’un enfant et se substituent aux parents en cas de défaillance. La notion d’Intérêt Supérieur de l’Enfant a enfin vu le jour et permet de définir une nouvelle manière d’appréhender les droits des plus fragiles. En France, en 2014, le Défenseur des Droits a consacré son rapport annuel aux droits de l’enfant, particulièrement pédagogique afin de s’adresser au plus grand nombre. C’est un véritable outil de référence des droits de l’enfant, ce qui est une première !

  • A l’heure actuelle, de nombreux voisins ou proches n’interviennent pas alors qu’ils sont témoins de certaines choses ? Il me semble que la peur de se tromper et d’envoyer une famille dans une épreuve judiciaire doit être la plus forte ! Comment ne pas se tromper, oser passer ce cap et peut-être sauver un enfant ? Quels conseils pourrais-tu leur donner ?

Il est certain que la peur de se tromper, la peur de s’immiscer dans l’intimité des autres sont très fortes et bien ancrées dans notre inconscient collectif…Moi la première, en tant qu’enseignante je suis bien souvent confrontée à ces doutes, à ces peurs ! Je pense qu’il faut observer et parler, ne pas hésiter à intervenir quitte à se faire rembarrer ! Lorsque nous sommes témoins d’une scène de violence éducative ordinaire, je crois qu’il est essentiel, pour faire bouger les choses, que TOUT le monde réagisse de concert et ose aborder le parent en difficulté afin de discuter avec lui. Je suis convaincue que tant que la maltraitance restera un sujet tabou dont personne n’ose lever les voiles, les parents en grande souffrance continueront à massacrer leurs enfants innocents dans le plus grand des secrets coupables. C’est pour cela que j’ai écrit ce livre, pour que plus jamais les gens ne puissent dire qu’ils ne savaient pas que la maltraitance faisait rage juste à côté d’eux et dans tous les milieux, du plus simple au plus huppé. Pour que les gens comprennent que c’est à cause du silence collectif qui entoure ce sujet si difficile, que la maltraitance se perpétue génération après génération. C’est enfin pour cela que j’ai créé l’association E3DE, Ensemble pour Défendre et Développer les Droits des Enfants qui a pour vocation, entre autres, de faire de la prévention et de l’information dans les écoles élémentaires…tout en continuant à aller à la rencontre des adultes sur les Salons du Livre pour parler et dire. Encore et encore. Merci Chris de m’avoir donné la parole, j’ai parfois l’impression de hurler toute seule dans la nuit, mon livre en bandoulière arrimé à mon cœur…Merci de m’aider dans ce combat que je ne lâcherai jamais au nom des deux enfants qui meurent chaque jour sous les coups de leurs parents d’infortune sans avoir connu la douceur de l’amour…

  • Les parents maltraitants sont des parents en grande souffrance ? Si on les aidait, ils ne feraient pas ça ?

Oui, je crois…Cela fait maintenant 15 ans que j’étudie tout ce qui me tombe dessus en psycho ( et que j’ai suivi aussi un an de cours d’anthropologie psychanalytique) et il semble que l’être humain ne rend que ce qu’il reçoit en règle générale et s’il ne fait pas de travail sur lui.

J’ai également suivi une formation en psychopathologie et les belles pathologies comme celles dont souffrent ma génitrice et mon géniteur semblent être le résultat de leurs souffrances passées. Par contre, ma génitrice (par exemple !) était dénuée de toute empathie à mon égard, sa psychose lui ayant fait perdre le contact avec ma souffrance…

C’est pour cela aussi que je dis toujours que connaître les souffrances qui ont amené quelqu’un à devenir un monstre nous permet de comprendre. En aucun cas d’excuser !

Tu l’auras deviné, en éternelle enfant éperdue d’amour pour celle qui ne peut l’aimer en retour, j’ai tenté par tous les moyens de comprendre les arcanes du psychisme de ma génitrice. Je souhaitais trouver une explication rationnelle à tant de haine et de fureur…J’ai dépassé ce cap, il y a un moment maintenant.

  • Ça aide à aller mieux de savoir, à de reconstruire ?

Même pas ! Parce que tu comprends vite que tu ne pourras jamais vraiment comprendre

  • Merci à toi d’avoir libérer ta plume et de nous avoir ouvert ton cœur ! Si je peux me permettre des questions personnelles : Comment se reconstruit-on après de telles choses et surtout comment devient-on mère, a-t-on plus d’appréhensions que d’autres futures mères ? Que conseillerais-tu aux victimes enfants ou adultes ?

Oulaaa…Donc, comme je te le disais plus haut, je me reconstruis patiemment depuis des années en usant psy après psy ! J’exagère, je suis fidèle à la dernière depuis plus de 10 ans maintenant ! J’ai testé de nombreuses thérapies comme l’analyse, la psychothérapie traditionnelle, l’EMDR ou encore l’hypnose. Je crois pouvoir affirmer que c’est, en partie, ma rencontre avec l’Inde et le bouddhisme qui m’ont sauvé la vie. Depuis, je médite le plus souvent possible et cela me permet de relativiser. Et notamment sur le sens à imprimer à cette enfance qui n’en était pas une. Et sur cette drôle de vie qui ressemble plus à de la survie. Sans être pessimiste, simplement réaliste, et en ne parlant qu’en mon nom car nous sommes tous différents face à la souffrance, je crois qu’on ne se remet jamais d’avoir été honni par celle qui nous a donné la vie…pour nous la reprendre aussitôt en nous déniant le droit d’être aimé. Mais je crois aussi que la souffrance n’est jamais vaine et qu’on peut la transformer en un Amour profond et inconditionnel pour l’être humain.

Je suis devenue mère par un de ces merveilleux accidents qui pourrait faire croire en Dieu à n’importe quel athée quand on connaît l’état de mon corps…Et deux fois en plus ! La 1ère, j’ai foncé en urgence chez ma psy, appelé ma meilleure amie et convoqué mon mari pour leur faire promettre d’être mes garde-fous (mais nan mon humour n’est pas noir !) et leur faire la promesse que si un jour je levais la main sur mon enfant, je me ferai interner d’office et de bon gré ! Cela les a bien faits rire et quant à moi, leur réaction m’a bien rassurée ! Je suis une maman très anxieuse, très poule et nourricière, et, si l’on touche un seul des cheveux de mes anges, un parfait remix entre une louve et une lionne courroucées ! Je suis passionnée de psychologie et je tente d’être à leur écoute au quotidien en leur prodiguant l’amour inconditionnel auquel chaque enfant a droit. Bref, une maman somme toute assez normale je crois. Mais avec une vigilance de chaque instant et une lucidité en rapport avec mes souffrances et mes fragilités.

Aux victimes adultes et enfants, je conseillerais d’oser parler, oser dire cette honte, cette culpabilité qu’ils ont faites leurs alors qu’en réalité elle appartient et revient de droit à leurs bourreaux.

Mille mercis. Ton témoignage me touche au plus au point et je te souhaite une vie heureuse et sereine (ouais c’est cliché mais sincère). Je reviendrai dans quelques temps pour vous parler un peu plus de l’association de Nath Apolline.  En attendant, je vous invite à visiter son blog qui nous donne beaucoup d’informations !

Pour ceux et celles qui le veulent, le livre de Nath Apolline peut s’acheter entre autre ici. Je vous le conseille vivement, je n’en ai entendu que du « bien ». Je m’engage personnellement à le lire et vous faire un retour le plus vite possible. Nous avons tous une pierre à apporter à cet édifice. Protégeons nos enfants.


Je vous rappelle ce numéro unique, le

119

Ce numéro est d’utilité publique, ne l’oubliez pas !

3 Commentaires

  1. Quintard Nath

    MERCI Chris pour ton engagement et ta bienveillance :-)
    Bisous et énergies douces,
    Nath

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